Association TransAide

Témoignage de Charlotte

Bonjour,

Je suis né Charles Sallet le 26/06/1982, appelée aujourd’hui Charlotte Sallet née le 17/11/2020. Pourquoi ce changement de nom et de date ?
Pour comprendre, voici mon témoignage…

Tout a commencé un peu avant l’adolescence, à l’âge où l’on commence à se découvrir et découvrir les autres.
J’étais en CM2, je passais beaucoup de temps avec un garçon qui était plus qu’un simple copain.
Au départ, nous ne savions pas trop comment qualifier cette relation. Nous avons laissé faire les choses et vivions comme nous l’entendions.

Les jugements des autres, nous n’en n’avions rien à faire. Nous nous tenions la main devant toute l’école. Personne ne nous regardait bizarrement ou peut-être que nous ne nous en sommes pas rendu compte. Quoi qu’il en soit, nous étions bien et c’est tout ce qui importait.

Vers l’âge de 16 ans, j’ai pris conscience de ma bisexualité.
Très timide à cette époque, je n’arrivais pas à aller vers les filles mais plus facilement vers les garçons, c’était beaucoup plus simple pour qu’une porte me soit ouverte.
Avec les mecs il n’y avait pas de prise de tête, on faisait vraiment comme ça nous chantais.

Quelques années plus tard, j’ai pris conscience de mon comportement. J’allais en cachette dans la chambre de ma mère pour lui prendre des vêtements. Je l’ai toujours fait. J’aimais bien m’habiller en femme, cela me faisait du bien psychologiquement. Je crois qu’elle ne l’a jamais su. Heureusement pour moi, sinon je serais allée directement à l’hôpital psychiatrique.

A cet époque, la transidentité et la sexualité n’étaient pas bien connues et acceptées. On n’en parlait pas ou peu même si cela existe depuis toujours . Dans certaines famille c’était mal compris voire pas du tout envisageable.
De ce fait, j’avais peur d’avouer ma bisexualité à ma famille par crainte d’être rejetée. Je ne me sentais pas à l’aise avec eux sur le sujet. J’étais très angoissée à l’idée de les entendre me critiquer ou porter des jugements sur cette thématique encore tabou.

A l’âge de 17 ans j’ai pu prendre mon premier appartement. J’en avais besoin pour vivre ma vie comme je l’entendais.
Lorsque j’ai touché mon premier salaire, la chose qui m’est venu immédiatement en tête pour me faire plaisir était de m’acheter des vêtements féminins. Je voulais absolument m’habiller en femme chez moi pour mon bien être car oui, porter des vêtements de femme me fait énormément de bien et j’aime ça.

Les années passant, j’ai commencé à avouer ma bisexualité.
Mes amis et les personnes proches ont compris ma façon de vivre .

Lorsque j’avais des petites amies, je leurs empruntais souvent leurs vêtements , j’aimais les porter en plus des miens.
Au jour d’aujourd’hui , je continue à m’habiller en femme. Selon mes moyens, j’achète neuf ou d’occasion .

Le gros déclic s’est fait il y a un an.

Je regardais sur Market Place des vêtements de femmes d’occasion. Une personne proposait un choix intéressant. J’ai donc pris contact avec elle. Nous nous sommes donné rendez-vous chez elle pour que je puisse voir tout ce qu’elle proposait à la vente. J’étais aux anges lorsque j’ai découvert son dressing. Énormément de choses me plaisaient !

J’ai essayé des robes, pantalons, tee-shirts, pulls, sous-vêtements et chaussures… Je me sentais vraiment dans mon univers.

Elle ne portait aucun jugement, au contraire elle a essayé de comprendre pourquoi j’avais autant d’attrait pour le style féminin.
Tout au long des essayages, je lui ai donc parlé de ma vie. Elle a été surprise mais ouverte d’esprit.
Je me sentais tellement bien !

Pendant que j’échangeais avec elle sur mon parcours, j’ai essayé un tee-shirt et là quelque chose de fou s’est passé en moi. J’ai dû me regarder bien 15 secondes dans le miroir et je me suis dit : « putain ! j’ai des seins ! » A partir de ce moment, j’ai accepté la femme que j’étais. Cela m’a finalement permis de comprendre beaucoup de choses de mon passé.

Je me suis autorisé à plus de sensibilité, j’ai accepté ce trait de caractère. J’ai pris plaisir à prendre soin de moi, ma féminité a pris de l’ampleur et naturellement j’ai ressenti le besoin d’être une femme.
J’ai décidé de me renseigner sur le parcours à suivre.
J’ai pesé le pour et le contre entre le fait d’être un homme et une femme.

Pour tout vous dire, aujourd’hui, je me contrains à certaines choses dans mon quotidien comme me raser le visage et porter des vêtements hommes pour éviter d’être regardée avec méchanceté et rabaissée à l’extérieur.
Lorsque j’achète des vêtements masculins, il faut voir la tête que je fais ! Je souffre de me voir ainsi.

Le miroir me renvoi l’image d’un homme que je ne suis pas et c’est douloureux.
Ce que j’ai entre les jambes me fait énormément souffrir, pour moi c’est inconcevable d’avoir ça.
Je souffre terriblement de m’en servir pour faire pipi.
Je n’aime pas mes muscles d’homme ; les poils sur mon corps me rappellent que je vis dans un corps masculin et mon visage n’est pas féminin comme tout le reste.
Lorsque l’on m’appelle « Monsieur », je ne réagis même plus. Les gens pensent que je suis endormie mais non, Je me sens simplement femme, je suis une femme donc pour moi c’est Madame.
J’ai vraiment mal de me voir comme ça.

Voilà maintenant plus d’un an que j’ai accepté d’être une femme.
Aujourd’hui je vis comme une femme à la maison.
J’ai fait mon coming-out à tous mes proches, à ma famille ainsi qu’à mes colocataires.
J’ai vraiment eu de la chance de ne perdre personne dans mon entourage. Tout le monde a accepté le fait que je sois une femme.
J’ai de très bons amis qui me soutiennent et qui me suivront dans ma nouvelle vie. J’en suis très heureuse. J’ai eu un premier rendez-vous avec le psychiatre. J’aurai le deuxième le 17 novembre 2020 pour obtenir l’attestation qui me permettra de poursuivre le parcours et me donnera accès au traitement hormonal. Ce qui explique ma date de naissance en tant que femme.

Je suis tellement heureuse de vous faire découvrir un petit bout de ma vie.
Je peux enfin en parler librement, parce que je sais que ma nouvelle vie a commencé et je vais pouvoir vivre telle que je suis.

Juste une chose à dire à tout le monde : Vivez pour vous, non pour les autres.

Charlotte