Association TransAide

Témoignage de Keïlan

Je me présente : je m’appelle Kéïlan, je suis ftm (female to mâle), j’ai 34 ans et deux enfants, deux petits garçons, je suis cariste dans le milieu de la logistique.

Pour moi, la prise de conscience concernant ma transidentité s’est faite tardivement pour ne pas dire très récemment, Février 2020 pour être précis.

Elle a été difficile, douloureuse et pleine de colère. Je refusais catégoriquement le fait d’être né dans le mauvais corps ! Comment cela pouvait être possible ? Pourquoi moi ? Pourquoi le comprendre si tard ? Autant de questions qui resteront sans réponses et ce n’est pas si grave finalement puisque l’essentiel est d’arriver à accepter pour avancer.

Avant cette fameuse phase d’acceptation, j’ai dû passer par une autre phase, celle du deuil ; le deuil de cette femme que j’ai connue 34 ans ! Bah oui, on s’habitue à vivre ainsi, sans être heureux pour autant, mais on fait avec ; donc il m’a fallu aider ce garçon sommeillant en moi depuis toujours à reprendre le dessus.

J’ai souvent refoulé le garçon qui est en moi par peur du regard des autres, par principe d’éducation , voire même par facilité ; et difficile de savoir qui j’étais vraiment quand il me fallait gérer les galères de la vie qui se sont enchaînées depuis mes 14 ans ! Pas un moment pour me centrer sur moi même ! J’en ai eu des signaux tout au long de ma vie ! mais rien à faire, je me voilais la face.

Aujourd’hui j’accepte, j’avance, j’assume et je commence tout juste à vivre ma vie de garçon ! Bien sûr je ressens souvent cette fameuse et désagréable dysphorie mais j’ai la chance d’être bien entouré donc les bas ne restent pas bas très longtemps.

Ma révélation s’est faite rapidement auprès de tout le monde : ami(e)s, famille, enfants, collègues de travail et tous ceux qui croisent ma route en vrai. J’ai été agréablement surpris car beaucoup de soutien, des réactions positives et encourageantes. Pour mon père je pense que c’est un peu plus difficile mais je n’ai pas fait l’expérience du rejet, c’est déjà énorme ! Ma mère, elle, me soutient malgré la difficulté d’adaptation que ça lui demande.

Mon parcours a débuté le 8 Juillet 2020 avec mon premier rendez-vous chez le psychiatre. Le rendez-vous endocrinologue est fixé au 23 Novembre 2020…

Les doutes m’envahissent parfois, les questions reviennent à la charge mais je pense sincèrement qu’il est important de se remettre en question régulièrement. Je pense aussi que la peur m’assaille mais sans peur, on ne peut se poser les bonnes questions !
La plus grosse de mes peurs reste celle liée à mes enfants. Peur de les faire souffrir, de les déstabiliser ou encore de leur imposer des épreuves si jeunes…

Mais ce qui ne tue pas nous rend plus fort…