Association TransAide

Témoignage de Maguy

Bonjour,

En 2004, ma grossesse fût une belle surprise. Quelques mois plus tard, j’ai donné naissance à ce beau petit garçon blond aux yeux bleus.
Il a grandi, captivé par Flash Mc Queen, le film Car’s de Pixar.
Sa couleur préférée était le bleu. Il adorait jouer dans le sable avec ses camions tonka. Il avait tout un caractère ! (TDAH avec le trouble de l’opposition) mais c’était notre beau Benjamin au grand cœur. Bref, rien ne nous faisait douter de son genre.

A 13 ans, il m’a confié trouver que les filles avaient beaucoup plus de beaux vêtements que les garçons. Je pensais qu’il parlait du choix plus large de vêtements dans les magasins.
Au moment du bain, il me demandait de lui prêter mes bikinis pour les essayer.
Je n’avais aucun problème avec ça, je pensais que c’était de la curiosité et que ça

passerait !

A 15 ans, mon garçon était dépressif et avait des idées suicidaires… On a dû le faire évaluer dans un centre de réadaptation. Avec l’aide des professionnels, il a réussi à nous avouer être une fille à l’intérieur de « lui ». Enfin ! La cause de son mal-être était nommée !!! C’était le plus important pour moi. Nous pouvions finalement faire des démarches pour que ma fille soit heureuse. J’étais tellement soulagée ! C’était facile de l’accepter. Le plus difficile pour moi, maman protectrice que je suis, était la peur de l’intimidation et la méchanceté des gens..

Je n’ai jamais jugé les gens… Qui sommes-nous pour le faire ? La vie des autres ne nous appartient pas ! Nous ne sommes pas obligés d’avoir les mêmes vies, les mêmes comportements, les mêmes valeurs ni de comprendre et d’aimer tout le monde. En revanche, tout le monde a le droit au respect malgré les différences !!! Ma priorité, c’est le bonheur de mes enfants.

J’ai une bonne communication avec ma fille, maintenant nommée, Rosalie. Elle sait que je serai toujours là pour elle. Pour moi c’est mon enfant et rien de changera ça.
Nous avons profité du confinement pour parler et commencer à faire des recherches pour la transition.

Je lui ai expliqué que le respect était très important pour tous.
Chaque personne aura sa propre réaction et un rythme différent pour changer les habitudes des quinze dernières années, mais personne n’a le droit d’être méchant avec elle.
Nous serons maladroits, lui parler au féminin ne sera pas acquis du premier coup. Quoi qu’il arrive, ça ne sera jamais dans le but de lui faire du mal ou de la peine. Elle comprend.

Nous avons un plaisir fou à découvrir les goûts de Rosalie et à changer sa garde-robe.

L’annonce à nos proches de ce changement a été surprenante !
Mon mari, qui n’est pas le père de mes enfants, a été sous le choc. Il perdait son « ti gars ». Malgré cela, il l’accepte comme elle est.
Ses frères de 12 et 20 ans on dit que ça ne changerait rien dans leur vie.
Sa sœur de 21 ans était contente d’avoir une sœur.
Mon père n’en parle pas vraiment mais n’aime pas moins son petit enfant.
Ma mère lui a trouvé plein de vêtements et pense comme moi.
Mon frère et sa fiancée l’acceptent aussi facilement.

Concernant le travail, les habitudes doivent encore être changées pour lui dire , « elle » et la nommer Rosalie. Quel soulagement !!!

Pour son père, ça a été plus difficile. Il n’a jamais été vraiment présent dans la vie de mes enfants. Il n’a pas accepté ce changement et a même tenté de la faire changer d’idée. Après quelques semaines et quelque recherches, il a finalement accepté sa fille et j’en suis très fière !

Le médecin de ma fille a accepté d’envoyer une requête à la clinique de Montréal, spécialisée dans la transition des enfants et adolescents. Rosalie est sur une liste d’attente depuis plus de 6 mois, ce qui la décourage.
La rentrée scolaire approche et l’angoisse est présente !!
Nous étions en confinement lors de cette révélation et elle n’avait pas encore affronté le monde depuis le mois de mars…
Ses cheveux frisés n’avaient pas suffisamment allongé à son goût. Ayant beaucoup de poils, elle n’était pas encore à l’aise.

Heureusement nous avons eu une réunion avec le personnel de l’école pour faire en sorte que tout se passe au mieux pour Rosalie. Elle a repris légèrement confiance.
Il n’y a eu aucun jugement de leur part. Ils ont su répondre aux questions et le respect était honnête.

Les professeurs ont attendu ma fille le jour de la rentrée et ont expliqué aux élèves sa situation comme elle le souhaitait.
L’école a même ajouté le sujet de la trans-identité dans les cours de sexualité.

Ils ont fait le changement de prénom dans son dossier scolaire. Elle a de plus en plus confiance en elle ! Quel soulagement !

Finalement l’amour inconditionnel que j’ai pour mes enfants n’a jamais changé et ma priorité est toujours leur bonheur. Je les supporterai encore et je serai toujours là pour eux.
Nous sommes tous différents mais ma fille est heureuse. Elle ne veut plus mourir et elle est de plus en plus épanouie ; Quoi demander de plus ?

La communication a été super importante. Nous avons beaucoup parlé de nos sentiments, nous avons dédramatisé et mis de l’humour dans certaines situations avec le plus grand respect ; Elle dit que je suis devenue trans-parent.

Ma fille et moi nous sommes beaucoup rapprochées et je suis très fière d’elle. Je la trouve courageuse et le résultat est juste positif.

Je continue à faire des recherches sur internet (groupe facebook, youtube…) pour lui apporter la meilleure aide et le meilleur support possible.

Elle se trouve chanceuse d’être bien entourée.

Maguy Coulombe

PS: Nous avons eu des bonnes nouvelles la semaine dernière, l’hôpital pour enfants
« Sainte Justine » de Montréal a ouvert un nouveau département pour les enfants trans. Il y a moins d’attente et nous pourrons bientôt commencer les traitements hormonaux..

Elle était vraiment contente et motivée.